Childéric Wilson

Vous découvrirez ici les aventures canadiennes, précanadiennes et post-canadiennes de Jean Saintot, ainsi que de nombreuses informations sur le Schmurptzisme, mouvement des mouvements.

08 juillet 2008

Quelques mots sur le "Rassemblement du bonheur"

J’ai rencontré la bien-pensance.

C’était le jeudi 3 juillet 2008, sur la place de l’Hôtel de Ville de Paris. Le Comité de soutien à Ingrid Betancourt, sur lequel vous connaissez déjà mon opinion, avait organisé une petite manifestation autocongratulatoire, avec grandes affiches, poignées de mains moites et discours creux pour « fêter » le retour d’exil de la Franco-Colombienne. Nom de cette séance de masturbation collective : le « Rassemblement du bonheur ». L’expression, presque nord-coréenne dans sa franchise et sa naïveté, est déjà suspecte. J’aimerais très franchement connaître le nom et les antécédents du crétin qui a eu l’idée de baptiser cette kermesse à bobos le « rassemblement du bonheur ». Pourquoi pas « barbecue de la joie » ou « garden-party de la liesse » ?

Rassemblement du bonheur… Magma de cons, oui.

Il fallait voir les gueules béates et molles de ces handicapés du lobe frontal, qui applaudissaient au nom d’Ingrid comme s’ils la connaissaient personnellement - ces astigmates de la charité, ces presbytes du sens moral qui s’enflamment des injustices commises en Mongolie orientale mais laissent crever les sans-abris sous leurs porches.

Il fallait voir ces gauchistes irrécupérables, qui venaient s’extasier de la libération d’une bourgeoise des griffes de guérilleros marxistes par les milices d’un potentat sud-américain fascisant.

Il fallait voir ces politiciens farauds, ces démagogues à la petite semaine trop heureux de tirer la couverture médiatique à eux en énonçant des lieux communs comme s’il s’agissait de propos révolutionnaires.

Il fallait voir l’omniprésence des affiches de la libérée sur les murs des bâtiments officiels, du jamais vu depuis Staline.

Il fallait voir le déluge de confetti et de flonflons sonores en l’honneur d’une femme dont les problèmes personnels n’ont aucun lien avec l’intérêt général, mais dont la promotion des malheurs coûta tout de même plusieurs dizaines de SMICs aux contribuables parisiens.

Enfin, il fallait la voir. Pas Ingrid, non. Elle prenait le thé avec les grands de ce monde en pensant aux royalties qu’elle tirerait de l’adaptation de ses affres par Hollywood. Mais la voir, elle. La bien-pensance.

La bien-pensance, ce jour-là, était une femme d’une quarantaine d’années, la peau blanche, les cheveux bruns et courts, habillées à la mode « gothique » et flanquée de deux rejetons féminins, d’âge à peine nubile, gothiques également. Des Ray-Ban et une bouche pincée lui barrent le visage, mais elle paraît tout de même abordable. En fait, j’essayais de lui vendre un truc. En l’occurrence, un exemplaire du quatrième numéro de Lusinagaz, le fanzine qui constitue mon moyen d’expression privilégié en région parisienne[1]. Étant insouciant par nature, j’avais décidé de me présenter comme un membre du Comité « Rien à Branler d’Ingrid Bétancourt », et d’offrir avec chaque journal une copie du pamphlet anti-becantourtien disponible plus haut dans ce recueil, sous le titre « Ingrid Betancourt : rendons-la aux FARCs ».

Bien mal m’en prit. La bien-pensance me laissa parler deux minutes, son expression invisible derrière les verres fumés de ses lunettes de soleil, puis m’invectiva de la façon suivante :

« Tu sors le soir ? J’t’ai posé une question. Est-ce que tu sors le soir ? Ça t’arrive de penser à ce que tu dis ? Tu as le temps de faire ces conneries et tu te permets de dire du mal d’elle ? (indiquant le journal) Quand on a le temps de faire ça, on n’a pas à se plaindre. Eh, j’te parle, coco. Tu sors le soir ? Oui ? Bah tu d’vrais sortir plus souvent. Parce que cette pauvre femme elle a passé six ans dans la jungle, et toi tu te permets de la critiquer ? T’as vu comment t’es habillé ? Allez, casse-toi. J’veux plus t’voir. Casse-toi. Tu dégages coco, vas-y tu dégages, j’veux plus te voir. »

J’ai beaucoup réfléchi à ce discours décousu, et j’en ai tiré plusieurs conclusions quant à la nature de la bien-pensance.

- Primo, les choses sont toujours ce qu’elles paraissent être. Pour mieux comprendre ce discours décousu, il faut savoir que je portais à l’époque une tenue assez classe, rappelant davantage le BC/BG en vacances que l’étudiant misérable que j’étais. D’où les références à « comment [j’étais] habillé » : cette brave dame me prenait pour un méchant bourgeois, sous prétexte que j’étais en chemise. Ça me fait doucement marrer, moi qui n’ait jamais deux sous en poche, et qui n’ait de bourgeois que l’éducation.

- Deusio, la bien-pensance interdit de rire des victimes. « Parce que cette pauvre femme elle a passé six ans dans la jungle, et toi tu te permets de la critiquer ? » : la logique de cet argument m’échappe. Ainsi donc, la souffrance d’un individu interdirait la critique à son endroit ? Une victime serait donc nécessairement innocente et parfaite, au-delà du bien et du mal. On retrouve là l’idée selon laquelle les incendiaires proto-islamistes de Clichy-sous-Bois, du fait qu’ils occupent une position marginale dans la société, ne seraient pas des criminels mais tout au plus de braves garçons un peu spontanés. Inversement, les hommes de pouvoir et d’argent ne devraient pas péter de travers sans risquer la peine capitale.

- Tertio, les personnes joyeuses et libres n’ont pas le droit de rire. « Quand on a le temps de faire [des journaux], on n’a pas à se plaindre. » Les choses sont claires. Les gens qui ont du temps libre et s’adonnent à leur passion n’ont pas le droit de ne pas aimer les pauvres gens. Vous me direz, du temps libre, elle en a eu Ingrid, dans la jungle. Six années sabbatiques, c’était l’idéal pour faire de l’accro-branches.

- Quatro, tout le monde doit s’engager. À l’occupation individualiste qu’est la participation à un fanzine, doivent succéder des actions éminemment philanthropiques telles que la signature de pétitions d’Amnesty International ou l’affichage de posters d’Ingrid dans le métro, entre une publicité pour les couches-culottes et l’annonce d’un concours de slam. Certaines qualités individuelles, comme l’humour et la gouaille, n’ont que faire dans une époque tragique comme la nôtre, où le seul sentiment respectable est l’indignation. À plus forte raison, le mauvais esprit ne devrait pas se manifester chez des gens qui ont toutes les raisons d’être heureux. Comme disait Staline, un peuple heureux n’a pas besoin d’humour. Certes, certaines personnes chagrines feront remarquer qu’on n’est pas moins utile à la libération d’une otage en se foutant de sa gueule qu’en bombardant la jungle colombienne de photos de ses enfants. Mais ! Que voulez-vous, il est des formes de masturbation intellectuelle justifiées, et d’autres qui le sont moins.

Vous l’aurez compris : si vous voulez survivre à notre époque d’humanitarisme forcené, serrez les fesses. Certes, il y a humour et humour. Certes, comme le rappelait Desproges, on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui. Il n’empêche que trente piges après sa mort, le mauvais esprit devient une chose dangereuse. La bien-pensance ne contestait pas la forme de mes vannes sur Betancourt, mais s’en prenait à la légitimité même de leur existence.

Si encore mon humour était de mauvais goût, ces critiques me paraîtraient légitimes. Mais je me demande ce qui est le plus moralement méprisable, entre mes pamphlets sur l’égérie Betancourt et l’exploitation tous azimuts dont elle fait l’objet. À ce titre, le « Rassemblement du Bonheur » rappelle le boom commercial de Nirvana succédant au suicide de Kurt Cobain.

Il rappelle également la Semaine de la Haine, dans la société totalitaire décrite dans 1984. On y retrouvait la même frénésie, les mêmes sentiments collectifs commandés d’en haut par une élite avide de pouvoir, et la même suspicion envers ceux qui ne ressentent pas comme tout le monde. Peut-être suis-je le dernier de ma race. Peut-être suis-je le seul à me trouver drôle, ou plutôt : à trouver mes contemporains ridicules. Mais ! que voulez-vous, je suis et je resterai de ceux qui pensent que la charité commence au pas de sa porte, et non de l’autre côté de l’Atlantique. Ce n’est sans doute pas une forme particulièrement élevée d’humanisme, mais c’est la seule qui soit praticable.



[1] Lusinagaz, magazine ‘pataphysique bimensuel, unissant diverses plumes lilloises et dont le slogan « Le droit de s’en foutre » résume efficacement la ligne éditoriale.

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16 juin 2008

Pour un taoïsme de droite

On reproche souvent aux hommes de droite de manquer de rigueur théorique. Par modestie autant que par pragmatisme, le conservatisme a produit assez peu de grandes fresques socio-économico-historico-culturelles rationalisant la misère du monde depuis le pied-bot de Mathusalem jusqu’aux sans-logis des bords de Seine. Du reste, et comme je l’expliquerai avec brio plus loin dans ce dictionnaire, les idées de droite sont trop simples pour être appréhendées par des intellectuels.

En effet, là où les théories gauchisantes brossent à grands traits des schémas explicatifs où « l’Homme », « la Liberté » et « le Progrès » s’emmajusculent jusqu’à tomber dans l’abstraction, l’homme de droite est un analytique, proche des gens, qui ne s’intéresse aux concepts que dans la mesure où leur application peut troubler son mode de vie. Là où les idées de gauche furent ciselées dans les laboratoires d’obscurs métaphysiciens de la politique, les idées de droite sont nées dans le sang des révolutions, des massacres et des guerres causées par les fanatiques du Grand Soir. Historiquement, la gauche fut invention, la droite n’est que réaction - d’où la rareté des théories droitières, qui se contentent le plus souvent de souligner le danger des thèses révolutionnaires, sans lui substituer une quelconque Weltanschauung. Du coup, la rationalisation du conservatisme n’apparaît le plus souvent qu’ex post, c’est à dire : trop tard, lorsque la contestation théorique de l’ordre établi a pris une ampleur telle que rien n’est plus susceptible d’empêcher la décadence. Les défenseurs de l’ancien monde se retrouvent alors à prêcher dans le désert, sans rien proposer de positif, figés à jamais dans une posture passéiste qui les fait passer pour des ringards auprès des imbéciles.

En somme, la droite pense peu : elle se contente de gouverner, ou tout simplement d’être au pouvoir. Notez bien que selon moi, ce n’est pas une critique. Mieux vaut penser peu, mais juste, que d’usiner à la chaîne des préceptes péteux, pléonasmiques et systématiquement à côté de la plaque.

Certes, en fait de cohérence théorique, on pourra reprocher à cet ouvrage de se contredire en plusieurs endroits. Tantôt libéral, tantôt réactionnaire, tantôt étatiste, tantôt anarchisant, tantôt universel, tantôt franchouillard, mon propos n’est pas univoque. C’est ainsi que si je vomis la révolution robespierrienne, j’en approuve le jacobinisme qui constitue la meilleure défense contre les ennemis de l’intérieur : régionalistes, internationalistes marxistes, juifs non assimilés et musulmans. Ces contradictions, cependant, ne constituent nullement un signe d’infirmité théorique, car la vérité a de nombreux visages. Un argument libéral peut servir d’arme contre le communisme, sans pour autant saper les fondements de la pensée réactionnaire. Quelque part dans ce bouquin, j’ai utilisé la théorie du contrat social pour justifier une conception sécuritaire de l’État, mais cet usage momentané d’un concept libéral ne signifie pas que mes opinions réactionnaires sur la légitimité du pouvoir politique sont infondées. À ce titre, je suis le représentant d’un taoïsme de droite, selon lequel toute vérité jaillit d’un paradoxe.

C’est d’ailleurs cette ambivalence de la réalité qui déplaît aux idéologues d’ultra-gauche, dont la vision est si brouillée par la lecture de Sartre qu’ils ne font plus la distinction entre l’univers froid et logique de la table à calcul et l’indépassable complexité du monde. Outre cette incapacité à appréhender le réel, qui transforme une monarchie débonnaire en république impitoyable et envoie l’intelligence au goulag, le gauchisme se caractérise par un enflement théorique tel qu’on peut lui faire dire n’importe quoi. Autrement dit, là où la droite sautille entre les paradoxes comme une ballerine de l’Opéra-Garnier, la gauche n’en finit pas de se vautrer dans ses contradictions comme un alcoolique de la rue de la soif. Voici d’ailleurs une liste non exhaustive des couacs du discours officiel, relevées au cours de mes études sociologiques dans les milieux bien-pensants :

- Justifier l’immigration par le besoin de remplir certains postes professionnels dédaignés par les Français, tout en rejetant la thèse libérale sur l’existence d’un chômage volontaire.

- Militer contre la peine de mort au nom du risque de tuer des innocents, tout en se déclarant favorable à l’avortement.

- Prôner le métissage et combattre le mondialisme au nom de la diversité culturelle.

- N’avoir pas de mots assez durs contre les régimes théocratiques, et épargner le dalaï-lama.

           - Se figurer le raciste comme nécessairement blanc, provincial et petit commerçant.

- Installer un panneau solaire pour l’alimentation électrique de son appartement, et prendre l’avion tous les mois pour la Grèce ou la Thaïlande.

- Avoir des prétentions écologistes, mais consommer du café équitable importé à grands frais d’Argentine dans des cargos puant le pétrole.

           - S’opposer au retour de la censure et interdire à ses enfants de regarder les dessins animés de la première chaîne.

           - Écouter Diam’s en croyant se livrer à une activité subversive.

- S’imaginer revitaliser un ancien quartier ouvrier en y remplaçant les pauvres par des pots de fleurs et les corons par des centres d’art contemporains.

- Militer pour le droit au logement, et autoriser des collectifs artistiques bidon à squatter de grands immeubles.

- Cotiser à une ONG entretenant des léproseries au Béloutchistan, mais refuser la charité aux SDF du métro.

- Critiquer les violences policières sans être jamais passé en garde à vue.

- Faire de l’ironie sur les fondamentalistes religieux, et prétendre que sous prétexte de n’être point marxiste, tel homme politique n’est pas de gauche.

Delanoe

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11 juin 2008

Week-end pêche en Picardie

Ce blog commence à être en retard sur ma vie, pourtant trépidante et d'un grand intérêt pour mes futurs biographes. Voici donc les photos d'un récent week-end en Thiérache, près de Besmont, à l'occasion duquel je revis mes companeros indépendantistes pour une "session pêche" pas piquée des vers (ah-ah, ah-ah).  Plongé que je suis dans l'univers impitoyable de la vente de pelleteuses par correspondance, j'ai  un réel besoin de ces retours à la nature. La terre ne ment pas.

Etang_vue_g_n_rale

Barque

Thorinp_cheur

Platoon

Moilukitsch

Jeanjeancarpe


Thorinharpon

Biquettecarpe

Ateliervidage

Barbeuk

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05 juin 2008

Lettre ouverte aux métèques

Il est des mots que, par bêtise ou calcul politique, plus personne n’ose utiliser. La culture et l’intelligence y perdent, mais il n’est pas d’appauvrissement langagier auquel les bobos qui nous gouvernent soient prêts à renoncer pour garantir leur tranquillité d’esprit. Ce qu’on ne nomme pas, après tout, ne saurait exister - et c’est pourquoi, tôt ou tard, on verra la police de la pensée brûler les dictionnaires. En attendant le triomphe de la novlangue, tâchons, je vous en prie, de redonner un sens aux mots. Parler clairement : voilà certes une chose difficile, à une époque où une coalition bouffonne de grognasses en burqas et de barbudos illettrés en pyjamas blancs frôlant les cacas de chiens se fait appeler les « indigènes de la République ». Eh ! Que voulez-vous, si ces hordes braillardes et racistes ouvraient le Petit Larousse plus souvent que le Coran, elles comprendraient peut-être qu’un « indigène » n’est pas, comme elles le pensent, un individu ghettoïsé et rejeté aux marges de la société, mais tout simplement le « natif » d’une terre donnée. Plume dans le cul ou non, chacun est indigène de son pays : autrement dit, est « indigène de la République » quiconque partage les valeurs républicaines qui font le génie de notre peuple. Les soi-disant « indigènes de la République », qui piétinent la laïcité et conchient l’universalisme républicain au nom d’une vision du monde culturaliste et raciste, n’auraient pu choisir un plus mauvais nom pour leur assemblée : c’est comme si les SS de la division Charlemagne s’étaient faits enregistrer à Vichy sous le nom de « United Jewish Appeal » et portaient la kippa sous le casque d’acier.

Bref, entre le langage SMS, le politiquement correct et la massification médiatique, nous vivons une époque de brouillage et de confusion généralisés. Les mots disparaissent, perdent leur sens, s’oublient, ou prennent des proportions gigantesques, à l’image du « détail » lâché par le Borgne un jour qu’il se sentait en verve. Mon emploi du temps chargé ne me laissant pas le temps de réhabiliter les pans de la langue française relégués par la bien-pensance au fond de l’arrière-cuisine des groupuscules d’ultra-droite, je parlerai aujourd’hui du mot « métèque ».

Le mot « métèque » n’a rien d’insultant. On est métèque comme on est trisomique, rouquin ou tuberculeux : ce n’est pas une position très glorieuse, mais il n’y a pas à en faire tout un plat. Qu’est-ce qu’un métèque, au fond ? C’est une personne qui vit dans un pays étranger pour y travailler. Les milliers de jeunes Français qui s’exilent chaque année en Angleterre pour y bosser dans la finance ou chez KFC sont des métèques. Le tenancier du kébab à côté de chez moi est un métèque. Les Arabes de chez Renault sont des métèques. Si l’on s’en tient à cette définition, qui nous vient de la plus haute antiquité, le métèque n’est pas nécessairement roumain, criminel ou vecteur de maladies.

Si le mot « métèque » est aujourd’hui considéré comme une insulte, c’est en raison d’une conjugaison de trois facteurs divers, parmi lesquels je citerai les discours anti-immigrationnistes de L’Action française du temps où ses collaborateurs savaient écrire, la dictature actuelle d’une certaine idéologie globaliste niant l’existence des nations au profit d’un électoralisme ethnique, et les jurons du capitaine Haddock. En somme, l’usage répété par les groupes xénophobes de l’expression « métèque », qui renvoie d’abord à un statut social, a basculé cette dernière dans la catégorie des « gros mots », intouchables sous peine d’ostracisation pour racisme.

Tout se passe comme si les étrangers avaient été si martyrisés par le passé qu’il serait aujourd’hui impossible de les considérer comme tels. Les différences culturelles, religieuses et idéologiques sont tout simplement niées par la doxa bien-pensante. Curieuse façon de traiter la question de l’altérité, de la part d’une élite sociale-libérale censée prôner la tolérance et le métissage. Mais passons.

Le métèque, disais-je, n’existe plus. Le mot a été aboli, et la chose ne devrait pas tarder à l’être. Sous la pression d’associations ethnicistes et droit-de-l’hommistes, comme la Ligue communiste révolutionnaire ou l’Assemblée citoyenne des originaires de Turquie, le gouvernement finira tôt ou tard par accorder le droit de vote aux étrangers, dans les élections locales tout d’abord, dans les élections nationales par la suite. Le métèque deviendra citoyen. Faut-il y voir une avancée ? Vous vous doutez bien que non.

Considérons les arguments des partisans de l’abolition du statut de métèque, c’est à dire du statut d’étranger pour toute personne vivant en France. En réalité, il n’y en a qu’un seul : « Ces gens-là [les étrangers vivant en France] paient des impôts, ils devraient donc avoir le moyen d’en contrôler l’usage par le biais du vote. » Il s’agit là d’un argument libéral, qui n’a de valeur qu’au sein d’une Weltanschauung d’où les valeurs civiques ont été systématiquement évacuées au profit de l’obsession contractuelle qui travaille la pensée politique occidentale depuis cet empaffé de John Locke.

« Je paie des impôts, donc je dois pouvoir voter » : le raisonnement se tient, mais ses sous-entendus puent très nettement du derche. En effet, de nombreux Français ne paient pas d’impôts : faut-il pour autant les priver de leur citoyenneté ? Inversement, certains islamistes radicaux paient des impôts : faut-il alors leur accorder le droit de vote ?

Poursuivons notre logique. Serait citoyen celui qui paierait des impôts, « contribuerait à l’effort national ». Dans ce cas, ne pourrait-on pas dire qu’un individu payant plus d’impôts que son voisin serait plus citoyen que ce dernier ? Voilà une conception de la citoyenneté que ne renierait pas le Medef, et qui nous ramène tout droit aux plus grandes heures de la Restauration.

À une époque où la pression immigrationniste n’a jamais été aussi forte, les Français se trouvent face à un choix crucial. On peut penser, comme les activistes des droits de l’Homme, que la citoyenneté n’est qu’une contrepartie de l’impôt, ou bien qu’elle a plus de valeur plus qu’un bout de papier. On peut penser que la citoyenneté est un contrat visant la satisfaction de l’intérêt individuel, ou un pacte qui lie l’individu à tous les autres et fonde l’intérêt général. On peut penser que la citoyenneté n’est que la condition de droits, ou qu’elle implique avant tout des devoirs impératifs. On peut penser que la citoyenneté est une chose abstraite, ou qu’elle marque un vouloir-vivre ensemble, fondé sur une civilisation, une culture, une langue communes. On peut défendre le droit du sol, et autoriser implicitement les Chinois à déménager collectivement en France pour élire un président cantonais à 99,99% des voix, ou penser que la division antique de la Cité entre citoyens, esclaves et métèques avait peut-être un sens.

Je suis pour le maintien de la position de métèque, car sans elle, la citoyenneté ne signifierait plus rien.

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29 mai 2008

Lettre ouverte à Eric Zemmour

J'aime bien Éric Zemmour. Si j'écris un article sur lui, c'est plus pour conclure mon dictionnaire par la lettre « Z » que pour démolir ce sympathique petit Juif, dont la prose sèche et sans attrait est l'une des rares que l'on puisse actuellement se mettre sous la dent en matière de méchanceté. Triste époque, où le mauvais esprit se résume aux logorrhées hachées d'un éditorialiste au Figaro faisant montre envers la nullité contemporaine d'une férocité de premier de la classe, là où la décadence moderne nécessiterait au minimum cinquante heures de barrage d'artillerie et un océan de napalm.

Ne vous méprenez pas : cet article n'est pas une charge contre Zemmour. Éric est un garçon qui pense comme moi sur tous les sujets, à l'exception de quelques-uns à propos desquels il a tort. Du reste, ce journaliste est, tout comme moi, un écrivaillon sans talent, à la renommée éphémère et à l'intelligence médiocre : on l'aura oublié dans dix ans. J'imagine à l'avance nos enterrements tristounets : un corbillard de second choix, tiré par un âne boîteux et aveugle, remonte une ruelle sombre, suivi par un petit chien sale, un malheureux pigiste à L'Action française qui se demande ce qu'il fout là et douze ayant-droits aux mines compassées dont les traits tirés cachent moins une réelle affectation que des heures d'âpres négociations sur qui héritera des dettes. Quoiqu'il en soit et en attendant, le pamphlétaire doit vivre, c'est à dire cracher.

Cracher ! Oui, mais comment : là est la question. Tout comme il y a une rhétorique de l'imprécation, il existe un art du crachat qu'on ne saurait confondre avec la bavouille ordinaire. Or, sans vouloir me vanter, il me semble qu'Éric Zemmour et moi ne boxons pas dans la même catégorie. Nos stratégies de propagande sont dissemblables. Je promène ma misanthropie de boulot minable en cabaret puant, lui balade sa cruauté sur les plateaux de télévision, entre une star du porno, un politicard démago et une “Indigène de la République” en hijab dont on espère qu'ils produisent ensemble un débat constructif et serein. Les deux démarches sont complétement différentes, et à leur façon non dénuées d'une forme de noblesse toute romantique. Preux serviteur d'une certaine idée de la France, je suis condamné à rester obscur et famélique en préparant les esprits à la Révolution nationale dans les troquets ou je me saoûle au mauvais vin ; lui, qui ne connaît pas mes soucis pécuniers, s'efforce désespérément d'en caser une sur le plateau de médias irrémédiablement acquis aux idées progressistes. D'un côté, un poète maudit, qui n'a pour ainsi dire aucune chance de voir la justesse de ses idées reconnue de son vivant ; de l'autre, Sisyphe et son rocher, un réactionnaire dont les propos intelligents sont constamment couverts sous les huées bêtasses d'un public aux réactions télécommandées, quand ils ne sont pas simplement coupés au montage. En somme, Éric et moi sommes des victimes. Mais – et c'est là toute la différence entre nos deux êtres – Zemmour est une victime consentante.

C'est en effet de son propre chef, et en dépit de mes récriminations nombreuses proférées oralement devant le poste, qu'il va chaque soir ou presque se faire humilier, seul ou flanqué de l'assistant Naulleau, sous les projecteurs de la dictature médiatique. Le pauvre homme s'imagine peut-être capable d'infléchir la pensée unique en exposant cathodiquement sa hargne et son courroux, quitte à se faire incendier par une bordée de contradicteurs incultes, mais plus nombreux. En réalité, et nous le savons tous, le Système a embauché Zemmour pour un rôle particulier : celui du “méchant”. La pensée unique a besoin de “méchants”, ne serait-ce que pour se convaincre elle-même qu'elle a raison. Ce méchant, à l'heure actuelle, c'est M. Zemmour. Une marionnette obéissante et ponctuelle qui ne se doute pas que, tous les soirs à l'heure des nouilles-jambon, elle joue le rôle du gendarme face à Guignol. “Attention, Guignol, derrière toi !” s'écrit chaque soir le public de bobos à l'invité “de gauche” du moment, qui, à force d'interruptions multiples et de huées régulières, ne manque jamais d'emporter une victoire rhétorique sur les forces de la réaction, en les empêchant de parler.

Oui, Éric Zemmour est une victime. Victime d'un Système qui s'en empare pour mieux le salir. Victime d'une société qui ne supporte plus le débat et la contradiction dès qu'elle sort du sentier de la décadence libérale. Victime enfin de son propre orgueil, qui l'empêche de voir à quel point il dessert les causes qui sont les siennes.

Éric Zemmour est l'idiot utile du libéralisme, la bonne conscience de la bien-pensance. Sa présence sur les plateaux télé permet aux strapes antifrançais du PAF de se prétendre pluralistes, alors que ces gens-là n'ont jamais cessé de répandre la peste individualiste dans les âmes de nos concitoyens. Surtout, l'omniprésence de Zemmour comme contradicteur unique au prêt-à-penser fait croire au caractère marginal de ses positions, qui sont pourtant partagées par une fraction importante du pays réel. Plutôt que d'affronter la masse hargneuse des réactionnaires, les bobos qui nous enconnent préfèrent cogner sur l'un d'entre eux qui les symbolise tous, avec un sadisme d'autant plus intense que l'individu en question a le charisme d'un putois et la répartie d'un barreau de chaise.

zemmour

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16 mai 2008

Lettre ouverte aux anticenseurs

La liberté d’expression : encore une idée bourgeoise pour entuber le peuple. Je ne suis pas marxiste, mais il faut bien admettre que la bourgeoisie agit rarement à l’encontre de son intérêt, du moins sur le court terme. La suppression progressive de la censure est d’ailleurs allée de pair avec l’accroissement du pouvoir des financiers. On pourrait y voir un simple hasard, et m’accuser de confondre libéralisme politique et mondialisation libérale : mais les deux phénomènes sont liés. L’abolition de la censure, dans notre pays, a mené à la déliquescence des capacités politiques du prolétariat ; et si la liberté d’expression fait aujourd’hui partie des valeurs intouchables, c’est que les dominants y trouvent leur compte. 

J’entends d’ici les cris d’orfraie des lecteurs bobos – et je les comprends. Car si les empapaoutés germanopatins s’opposent à la censure, c’est bien parce que eux ont su tirer les aspects positifs de la liberté d’expression. Les riches, après tout, ont besoin de liberté : ils veulent voyager, commercer, communiquer, apprendre sans entraves, et on les comprend : mais pourquoi, au nom du Ciel, vouloir à tout prix étendre cette liberté à un prolétariat inculte et idiot ? Voilà ce que je me demande.

Les pauvres n’ont que faire d’une liberté qu’ils n’ont jamais su utiliser correctement. De jeunes bourgeois donnent leur sang pendant des siècles pour dégommer Anastasie, et que font les ploucs sur les ruines de l’ « ordre moral » imposé par un État sévère mais bienveillant ? Ils cautionnent NRJ, se branlent sur YouPorn, parlent de tuning sur Skyblog et regardent chanter les baby-rockers sur TF1. La liberté d’expression ? De la confiture aux cochons, oui.

Et encore, je suis trop gentil. Si confiture il y a, elle est empoisonnée : incapables d’appréhender la haute culture du fait des défaillances d’une éducation nationale dévorée par le marxisme, les pauvres ne sauraient consommer, en matière culturelle et informative, que de la merde – merde qui, à son tour, façonne le point de vue de la plèbe et l’enferme à jamais dans la médiocrité où elle macère présentement. Il n’y a de liberté que pour celui qui sait penser : en l’absence de toute culture et de toute morale, le peuple ne saurait se tourner que vers des plaisirs grossiers et des loisirs de bovin.

Mais qu’importe : la liberté d’expression est inscrite dans la loi et tient lieu d’idole. Peu importe qu’elle serve aujourd’hui de caution pour « vendre du temps de cerveau humain disponible pour Coca-Cola. À cette petite phrase du patron de la Une, le bourgeois fait mine de s’offusquer, mais ses simagrées ne trompent personne. S’il occupe une place commode dans l’échelle sociale, c’est bien parce que les abrutis d’en bas sont trop lobotomisés pour en monter les barreaux.

Les PDG, les politiques et les intellectuels le savent bien : sans TF1, ils n’en seraient pas là. Ne voyez aucune incohérence à ce que les bobos qui conspuent la première chaîne soient les plus ardents défenseurs de la liberté d’expression. Bien que son esprits ait été déformé et corrompu par la propagande gauchiste et les bons sentiments humanitaires, la nouvelle élite sait que son intérêt réside dans la perpétuation de la bêtise du pauvre.

Le problème, avec la bêtise du pauvre, c’est qu’on ne pourra pas toujours s’en protéger derrière le périphérique, la carte scolaire ou le bouclier fiscal. Tant que le peuple restera abruti, la bourgeoisie n’aura rien à craindre : mais les émeutes de novembre 2005 ont prouvé que de l’abruti au délinquant et du délinquant au criminel, il n’y a qu’un pas ; et lorsque la légion des mous du bulbe s’arrachera à la contemplation de son téléviseur pour emporter la civilisation dans la déferlante de sa connerie, ne comptez pas sur moi pour éteindre le feu des auto-dafés.

censure

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08 mai 2008

Lettre ouverte aux empêcheurs de se mouvoir socialement

           Je suis conscient de tous les scrupules qu’il peut y avoir, du point de vue de la bourgeoisie, à accepter de nouveaux ménages en son sein : mais c’est un mal nécessaire. Pas besoin de grandes connaissances sociologiques pour deviner que les pauvres se reproduisent à une vitesse infiniment supérieure à celle des riches. Alors que les gens comme il faut passeront de nombreuses années à chercher un emploi stable et à devenir propriétaires avant de s’accoupler, les pauvres vivent « au jour le jour » et s’accouplent à qui mieux-mieux n’importe où, n’importe quand et avec n’importe qui, du moment qu’il ou elle porte une coupe mulet et des vêtements tectonick. Le résultat, c’est que là où la reproduction des riches suit une courbe simplement arithmétique, celle des pauvres est, quant à elle, absolument géométrique : les pauvres font plus d’enfants, plus tôt, et – du fait de la démocratisation inconsidérée des soins médicaux – plus longtemps.           Si bien que si la panne de l’ascenseur social constatée à l’heure actuelle perdure durant quelques générations, l’on est en droit de penser que la France sera réduite, à l’horizon 2100, au statut de pays du Tiers-Monde peuplé à 10% de technocrates consanguins et à 90% d’analphabètes à crête passant le plus clair de leur temps à tuner le jour les voitures qu’ils n’auront pas brûlées la nuit. Oui, j’affirme que si la bourgeoisie n’accueille pas davantage de ressortissants des classes populaires, la civilisation disparaîtra. La stratégie actuelle des familles nanties, qui consiste à s’isoler autant que possible des pauvres et des petits-bourgeois, est peut-être efficace pour préserver leur capital culturel à court terme : mais sur le long terme, elle constitue une forme de suicide collectif. Mieux vaut vivre au milieu des pauvres et chercher à les élever vers l’Absolu, que se retirer dans son seizième pour finir noyé dans la beaufitude.

           On m’objectera que la stratégie de la main tendue aux classes populaires entraînerait fatalement une explosion du phénomène « nouveau riche. » En d’autres termes, l’embourgeoisement des prolétaires entraînerait, mécaniquement, une prolétarisation de la bourgeoisie. Cet argument me paraît tout à fait recevable. À chaque étape du développement capitaliste, les classes dominantes ont perdu en « classe » objective. La Renaissance a vu l’évincement des guerriers virils par des hermaphrodites en perruques, la Révolution a remplacé les aristocrates cultivés par des avocats aux dents longues, et le néolibéralisme supplante les bourgeois distingués par des arrivistes tapageurs, conduisant des voitures de sport à toute blinde sur les autoroutes de la Côte et affichant sans vergogne leurs tronches hilares aux couvertures des magazines pour financiers. Je vomis les nouveaux riches. Je les tiens pour responsable du déclin français, et pas seulement du fait de leur immoralisme et de leur inculture : non, leur plus grand crime est d’avoir appuyé, sans le savoir et souterrainement, les politiques mortifères de la gauche. Pensez-y. Être bourgeois, n’en déplaise au vieux Karl, n’est pas qu’une simple donnée économique : la bourgeoisie, c’est aussi un certain art de vivre, une certaine culture, une certaine morale. Or les « nouveaux riches » n’ont de « bourgeois » que la propriété de moyens de productions : pour le bon goût et la musique de chambre, ils se posent là. Le nouveau riche, c’est un esprit de pauvre dans un corps de riche : une créature sans cervelle, trouvant son plaisir dans la consommation ostensible d’objets inutiles et moches, et foncièrement incapable de penser à autre chose qu’à son nombril.

Ces tristes sires, inaptes à la charité ou à la dévotion, ne forment qu’une fraction de la bourgeoisie, mais leur visibilité est telle que le poulbot tend à prendre leur cas pour une généralité. D’où la persistance d’une gauche puissante, qui s’appuie sur l’aigreur des pauvres, non pas face à leur aliénation politique ou sociale, mais devant l’existence d’individus essentiellement identiques à eux, mais ayant la possibilité de consommer infiniment plus. Car le nouveau riche est tout aussi consumériste que le pauvre : il est prêt à tout, même la plus vile des ignominies, pour en avoir toujours plus. Le travail n’est d’ailleurs pour lui qu’un moyen de s’enrichir, et non une activité digne, source de liberté. C’est la raison pour laquelle les nouveaux riches sont particulièrement nombreux dans des secteurs professionnels comme le marketing, la publicité ou la télévision, où le niveau des salaires n’a d’égal que la l’immoralité des tâches à accomplir, alors que les nobles métiers de dentiste, notaire ou médecin restent le fief de la bourgeoisie historique.

En résumé : s’il est sociologiquement patent que la démocratisation de l’élite mène à sa dissolution, il est démographiquement indéniable que le retour à une société endogame signifierait, à terme, la ruine de la civilisation. Dès lors, il s’agit de mettre en place conjointement une politique vigoureuse de développement moral et intellectuel du prolétariat, et une sélection stricte à l’entrée dans la bourgeoisie. Il faut donner aux pauvres la possibilité de n’être point médiocres, sans les autoriser à transmettre leur médiocrité à leurs frères supérieurs. Tout le contraire de la situation actuelle, où, à grands coups de Française des Jeux, de propagande star-académique et de discrimination positive, on laisse croire aux ploucs qu’ils peuvent grimper l’échelle sociale, alors que ce n'est pas le cas. Tout le monde ne peut pas devenir rock-star, as de la finance ou général en chef. Pour cela, il faut du talent, du travail, de la culture et de la persévérance : autrement dit, une éducation solide, que le véritable moteur de la mobilité sociale, à savoir l’école républicaine, est actuellement incapable de fournir aux rejetons de la plèbe, handicapée qu’elle est par les pédagogues IUFMisés et les démissionnaires gauchistes pour qui toute forme d’éducation bourgeoise relève du fascisme. Mais ceci a déjà été abordé dans un précédent article, et il n’est pas besoin que je m’appesantisse sur la question.

mobilitesocial

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22 avril 2008

Meetic, c'est pour les sous-merdes

           À l’instant où j’écris ces lignes, le consommateur européen pourra trouver, sur le site Internet www.meetic.com, sept cent quatre-vingt-trois mille trois cent trente-trois tonnes et deux cent cinquante-cinq kilogrammes de viande humaine, deux cent quatre-vingt mille kilomètres d’intestin grêle, quinze millions cinq cents cinquante-cinq mille cinq cents cinquante-quatre couilles, et mille quatre cents kilomètres de bites, le tout en quelques clics et photos à l’appui. Autrement dit, si la Commission européenne prenait ses responsabilités et ordonnait le massacre les Européens dénaturés qui squattent sur Meetic, on pourrait faire sept fois le tour de la Terre avec leurs intestins, passer de Dunkerque à Ajaccio sur leurs pénis noués en corde, et utiliser l’argent de leurs abonnements pour mettre un terme temporaire à la famine en Afrique. Quant à leurs cadavres, leur empilement formerait un pont mobile qui, nonobstant le froid de l’espace et les effets de la décomposition, permettrait de relier Mars à Vénus en passant par la Terre. Et encore, je me base sur les statistiques de novembre 2007 : d’après de récents témoignages Meetic recruterait quotidiennement quinze mille nouveaux pervers.

           Les chiffres ne mentent pas : la gauche a fait de nous des lopettes. Les effets conjugués de la tyrannie féministe et de l’extension des idéologies commerciales ont rejeté la virilité dans l’arrière-boutique des antiquaires. Le chanteur Raphaël a supplanté Humphrey Bogart comme étalon masculin, et les aventures sentimentales de Marilyn Monroe ont cédé le pas à celles de Laure Manaudou, nageuse fade et musculeuse, qui par son physique et son intelligence tient plus du poisson que du mammifère. Les hommes s’androgynisent, les femmes croient se libérer en faisant de la muscu, et dans la confusion générale, la crainte de paraître vieux jeu et la peur d’être accusé de harcèlement, on n’ose plus déclarer sa flamme. Gabin est mort sans successeur.

« T’as d’beaux yeux, tu sais ? » Qui, parmi les sous-hommes modernes, oserait l’affirmer à la femelle qu’il convoite secrètement dans le métro, au bureau ou au détour d’une ruelle ? Personne. Il n’y a plus guère que les Arabes des banlieues pour alpaguer les passantes non voilées d’un « T’as pas un zéro-six ? » vulgarissime ou d’un « Ton père c’est un voleur, il a volé toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux. » qui était déjà éculé au temps d’Hérode, et dont on a retrouvé des traces parmi les aborigènes de Nouvelles Galles du Sud.

Oui, en ce triste XXIème siècle, on n’ose plus séduire. On n’ose plus séduire, alors, on achète : on fait ses courses sur Meetic comme dans les rayons d’un supermarché virtuel, où les centaines de milliers de kilos de barbaque plus ou moins fraîche se trouvent rationnellement réparties en catégories d’âge, de salaire, de couleur de cheveux et d’orientation sexuelle, pour la productivité générale et la plus grande commodité de tous. Meetic, ou le rationalisme occidental appliqué à l’amour : cet Auschwitz de la séduction, où les individus sont classés, numérotés, répartis dans des wagons virtuels et finalement, anéantis sous les catégories multiples auxquelles ils appartiennent. Et on voudrait appeler ça la liberté.

Franchement, est-ce que Bogart avait besoin d'aller sur Meetic ?

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11 avril 2008

Lettre ouverte aux gens respectueux

 

Le respect est une notion à la con, à la fois absurde et dangereuse, instrumentalisée par les ennemis de la nation pour saper les fondements de la société. Ce jugement paraîtra excessif au Bisounours de passage, pour qui le leitmotiv « Total respect » tient lieu de morale et constitue une valeur suprême conditionnant tous les rapports sociaux. Moi-même, j’ai longtemps considéré ce mot de sept lettres comme une valeur de droite, avant de découvrir que je me fourvoyais. Voici pourquoi.

Éthique libérale et morale traditionnelle
 

Le problème avec le respect, c’est qu’il se fonde sur la réciprocité tout en s’intégrant dans un cadre de pensée christo-kantien fondé lui sur l’obéissance à un certain nombre de maximes morales absolues. En d’autres termes, la morale traditionnelle établit un certain nombre de règles qu’il faut suivre sans conditions, alors que le respect relève lui d’une morale libérale, fondée sur le principe commercial du « donnant, donnant. » Mon propos n’est pas d’affirmer que telle morale est supérieure à l’autre, mais d’exposer les conflits de loi qui peuvent survenir de la coexistence de ces deux systèmes de pensée.

            Si nous vivions dans une société purement libérale, peuplée d’homo oeconomicus rationnels réunis autour d’un contrat social approuvé par tous, nous n’aurions pas besoin d’une morale transcendante, absolue, imposée à l’individu par la société. Bien au contraire, les individus guidés par leurs intérêts bien compris ne respecteraient un certain nombre de codes relationnelles que dans la mesure où ces codes seraient à leur avantage. Pour s’assurer de leur stabilité, nul besoin d’Église ou d’Inquisition : le simple jeu de la réciprocité suffirait à établir partout l’ « ordre éthique » de la société libérale avancée. En d’autres termes, la logique verticale des Commandements bibliques serait supplantée par la logique horizontale du « donnant-donnant » : tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne mentiras pas car sinon, les autres te tuerons, te voleront et te mentiront à leur tour. La justice divine ferait place à la justice des hommes, et l’amour inconditionnel du prochain recommandé par Jésus-Christ cèderait à nouveau le pas au principe « œil pour œil, dent pour dent » de ses prédécesseurs en prophétie. À cet égard, le respect est une valeur intrinsèquement libérale : le respect n’est tolérable que s’il est réciproque, l’homo oeconomicus n’ayant aucun intérêt à faire preuve de courtoisie envers celui qui nuit à son bien-être.

            Manque de pot, la société française n’est pas libérale. Ou plutôt, elle ne l’est que superficiellement : ainsi le gouvernement, les élites et les textes constitutionnels ont embrassé la vulgate lockienne, mais le pays tout entier est imprégné de valeurs judéo-chrétiennes qui posent la morale en absolu et non comme réciprocité. Le slogan christique « Aime ton prochain comme toi-même » retentit encore avec force dans l’atmosphère hexagonale, et sa musique ne touche pas que les culs bénits. Bien au contraire, la conception manichéenne et transcendante du Bien et du Mal est reprise de la façon la plus massive par ceux-là même qui se disent « libéraux » sur le plan des mœurs et prétendent incarner la modernité. Je pense bien sûr aux antiracistes primaires, aux féministes acharnées, aux rappeurs bien-pensants et autres « flics de la pensée », qui n’ont rien de mieux à foutre que de crier au fascisme dès qu’on expulse un sans-papier ou que Fillon utilise le mot « détail » en parlant finances.

            Or, ce sont précisément ces censeurs modernes, qui en matière d’étroitesse intellectuelle et d’esprit chicanier n’ont rien à envier aux ayatollahs persans, qui diffusent le plus massivement la notion de respect - valeur qui n’a pourtant rien d’un absolu, puisque le respect suppose une réciprocité. Vous saisissez le problème : le respect est une valeur libérale, et on cherche à la diffuser dans une société qui ne l’est pas, par le biais de prêcheurs-inquisiteurs à la mentalité rétrograde.

            Conflit de lois

            En matière de philosophie comme de morale, il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes. Appliquer un mot d’ordre libéral de façon judéo-chrétienne relève de l’imbécillité la plus noire. Le respect, qui n’était à la base qu’un simple code de savoir-vivre, a supplanté les Tables de la Loi dans les cadres mentaux de nombre de nos compatriotes. Réinterprété à la lumière des Évangiles, le respect désormais ne se mérite plus : il est inconditionnel, et quiconque fronce des sourcils devant la bêtise de ses contemporains est aussitôt dénoncé comme le plus vil des réactionnaires.

            On a fait du respect un absolu et, en opérant cette transformation, on s’est privé à jamais de toute liberté d’expression à l’encontre des individus qui, justement, ne sont pas objectivement respectables, et qui ne sont pas non plus très respectueux.

            C’est bien là le problème de la vertu : elle n’agit avec le plus de force que chez ceux qui en ont le moins besoin, et s’avère impuissante face à ceux qui n’en ont pas. La morale traditionnelle, en tant que listing de commandements absolus, conditionne d’abord l’attitude des personnes les plus socialisées, c’est à dire des bourgeois : mais elle n’est d’aucun effet chez de nombreux pauvres que leurs parents ou leurs enseignants ne se sont jamais donné la peine d’éduquer. Le respect étant appliqué avec le même zèle que les commandements de la morale traditionnelle, on arrive donc à une situation où les petits cons les plus méprisables sont respectés, et où les personnes les plus respectables – petites vieilles, cadres supérieurs, commerçants et entrepreneurs – sont les principales victimes de l’incivilité générale. On assiste ainsi de façon quotidienne à des scènes absolument délirantes : on verra un jeune Arabe entrer seul dans un wagon de métro, et se mettre à danser sur une musique de merde diffusée à haut volume par une radio trafiquée, importunant ainsi l’ensemble des voyageurs dont aucun n’ose pourtant lui dire de se calmer. Non, les gens préfèrent changer de wagon à l’arrêt suivant, refusant toute initiative anxiogène, et laissant l’immigré gigoter seul au milieu de sa beaufitude.

            Cette incapacité de l’individu contemporain à s’opposer à tout ce qui lui nuit, les jeunes cons l’ont bien comprise. Les caïds règnent en maîtres dans nombre de halls de gare, abribus et autres cages d’escaliers, rejetant toute critique comme « raciste », « néocoloniale » ou « réactionnaire ». Que voulez-vous ? Réagir face à l’inacceptable n’est pas « respectueux », et de nos jours, tout est respectable. Être « intolérant », c’est être le mal incarné.

Elle a bon dos, la notion de respect : un mot passe-partout, utilisé par les jeunes de banlieue pour prévenir toute critique à l’égard de leur religion, de leur habillement, ou du volume sonore de leur musique ; un principe mortifère qui interdit toute critique, empêchant la société d’avancer, de s’améliorer, et la figeant à jamais dans l’existant. Le respect, notion profondément conservatrice.

Le monde n’a pas besoin de respect. Si le monde était respectable, le respect irait de soi, et personne n’aurait besoin de le nommer. Mais comme la réalité n’est pas respectable, je ne vois pas pourquoi le mot « respect » existerait non plus.

Respect

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07 avril 2008

Lettre ouverte aux médecins anesthésistes

           Je n’ai rien contre l’euthanasie. Il faut reconnaître aux gauchistes le droit de se suicider s’ils le souhaitent.

           Comprenez-moi bien. Je n’ai pas l’intention d’aller fourrer ma verve dans l’éternelle conversation d’alcooliques entre, d’une part, les bobos relativistes pour qui toute décision individuelle est par essence légitime et, d’autre part, les culs-bénis réactionnaires paranoïaques pour qui la légalisation du suicide serait le premier pas vers un « IVème Reich » progressiste dans lequel par ailleurs nous vivons déjà. De même, l’on ne me surprendra pas à commenter les cas particuliers de Vincent Humbert et de Chantale Sébire, à épiloguer sur leurs souffrances, à nomenclaturer leurs détresses ou à encaser leurs infortunes pour déterminer à partir de quel point de douleur le dogme médical devrait légitimer la piquouze. Je suis un philosophe politique : je ne me penche sur l’expérience que dans ce qu’elle a de plus général, et je ne m'intéresse à l’abstrait que dans ce qu’il peut avoir de conséquence dans la vie des particuliers.

           Or, si on reste le nez dans le guidon du débat habituel en matière d’euthanasie, que constate-t-on ? Que la morale christo-kantienne, actuellement en vigueur en Occident, peut parfaitement légitimer l’établissement d’un « droit à mourir dans la dignité », c’est à dire à se donner la mort dans certains cas bien précis. Par exemple, une éventuelle légalisation de l’euthanasie devrait veiller à ce que cette opération soit pleinement volontaire de la part du malade, et non le fruit d’un coup de tête ou d’une pression familiale. Qui plus est, le candidat au suicide doit être absolument certain qu’il n’existe aucun remède médical ou divin à sa souffrance. Mais sur le fond, il faut bien reconnaître aux gens la possibilité de disposer de leur corps comme ils le souhaitent, à condition bien sûr que cette liberté ne circonvienne pas celle d’autrui – autrement dit, le suicide d’un déchet de la société est acceptable, car il ne dérange personne.

           La véritable question de fond, celle qui m’intéresse pleinement, c’est de savoir s’il est ou non légitime d’établir un « droit » au suicide. Après tout, ce droit n’est pas techniquement indispensable, dans la mesure où il est parfaitement possible aux personnes en fin de vie de mettre elles-mêmes fin à leur jour, en se jetant du haut d’une fenêtre ou en obtenant ce service auprès d’un médecin pas très catholique. Dès lors, il faut examiner en quoi l’inscription dans le corpus juridique national du droit à l’euthanasie constituerait une avancée morale et politique.

           C’est ici que le bât blesse. En effet, dans un État libre, le gouvernement n’a pas à intervenir pour dire aux gens ce qu’il leur est loisible de faire. Le pouvoir doit se borner à réguler l’exercice de la liberté individuelle afin d’en empêcher les dérives : autrement dit, il doit fixer des « devoirs » au citoyen, mais se garder de lui accorder des droits. Un individu libre n’est pas censé demander l’autorisation de l’État avant d’agir : il agit, un point c’est tout. Les sociétés libres sont des sociétés sans droits ; à l’inverse, les sociétés contemporaines font penser à ces régimes totalitaires où, pour reprendre l'heureuse formule de Curzio Malaparte, « tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire. » À cet égard, les exigences des euthanasiables révèlent un aspect particulièrement tragique de la décadence de notre nation, à savoir la déshabituation des Français à l’exercice de la liberté. Quand on veut mourir, on se pend, on n’attend pas le tampon du Ministère.

           La reconnaissance de nouveaux « droits » est donc non seulement inutile, mais également dangereuse, puisqu’elle instille progressivement dans l’esprit du public l’idée fascisante selon laquelle toute volonté n’est légitime qu’une fois sanctionnée par l'institution. A ce titre, la déclaration des droits de l'Homme du 14 juillet 1789 fut le marchepied de tous les totalitarismes, de gauche comme de droite.

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Posté par ChildericW à 08:38 - Considérations sociologico-politiques vaseuses - Commentaires [0] - Permalien [#]



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